· 

La femme-bolide

 

Yoko Okamoto était invitée par la F.F.A.A.A et Christian Tissier ces 19 et 20 janvier 2019, à l’occasion d’un grand stage événement, sur les tatamis du gymnase Hector Berlioz, à Vincennes.

 

C’est peu dire qu’il y a du monde dans la salle.

 

Il y a des fois, on rigole, parce qu’à près de trois cents sur les tatamis de ce pauvre gymnase, on n’arrive plus trop à bouger. Il faut y mettre du sien pour tenter un pivot sans éborgner le voisin, donc on hésite.

 

Ce matin, il y en a cent de plus ; on ne sait plus où les mettre dans les coins. Je ne pensais pas que cette brave salle pouvait contenir tant de gens.

 

Mais tout le monde a l'air content et fixe, calme et patient, le centre des tapis.

 

 

Yoko Okamoto, nommée  7 e Dan en ce début janvier 2019 par l’Aïkikaï à l’occasion de la cérémonie du Kagami Biraki*(1), n’est pas une inconnue de nos tatamis.  

 

Élève de Christian Tissier au début des années 80, elle s’entraîne longuement au Hombu Dojo avant de s'établir aux Etats-Unis, puis à Kyoto, au cœur du Japon traditionnel, où elle ouvre un dojo au début des années 2000.

Elle y enseigne aujourd'hui, dans le Kyoto historique, au sein d'un dojo qui éblouit par son architecture traditionnelle japonaise et l’harmonie de ses bois sculptés*(2).

 

Déployant son activité hors Japon non seulement en France, mais également à l’international, notamment aux Etats-Unis, elle revient régulièrement nous voir à Paris à l’invitation de Christian Tissier, pour nous proposer dans la bonne humeur son aïkido riche et dynamique.

 

Incisive, elle se déplace dans l’espace telle une voiture de course qu’on peine à suivre des yeux tant elle va vite.  Son travail de centrage (aujourd'hui variations sur Yokomen Uchi) est si puissant qu’il emporte le partenaire comme une centrifugeuse dont il ressort pourtant non pas lessivé, mais tout content de son sort.

 

 

Il faut dire que si le travail est dense, on perçoit son énergie : aucune contrainte dans l’action, mais une fluidité vorace de tout emporter autour de soi comme l’adhésion de celui qui s’y confronte.

 

Pour approcher sa technique, on est obligé de respirer pleinement, de tout son corps, en vastes goulées qui nous aident à maintenir des appuis et à donner toute son amplitude au mouvement.

 

Un travail puissant mais toujours souple, frontal, dont on sort tout ébahi, comme on est soudain surpris de l'avoir vue passer tout près dans un sourire... Déjà, elle ne s'est pas arrêtée, elle a continué sa route, après s'être assurée que tout se passait bien.

 

Toujours dans le rythme. 

Une femme cyclone à la bonne humeur fracassante, qu'on a envie de suivre partout, attaché à ses pas trépidants.

 

 

 

 

 

 

 

(1) Kagami Biraki : Fêtée traditionnellement le 11 janvier au Japon, cette cérémonie, shinto à l'origine, marque le passage à la nouvelle année. Plusieurs arts martiaux ont introduit cette cérémonie dans leur protocole afin de souligne le premier entraînement de la nouvelle année.

 

(2) Aïkido Kyoto : Fondé en 2003 et affilié à l'Aïkikaï, centre d'enseignement actuel de Yoko Okamoto Senseï, qui regroupe plusieurs salles d'entraînement, dont le dojo traditionnel Butokuden, au sein du Kyoto Budo Center, dont la réputation dépasse largement les frontières.

 

Écrire commentaire

Commentaires: 0